En scooter ou voiture, on ne voit que ça : des plantations de bananes à perte de vue et partout.
En espagnol « palmero » :
- des bananes = plátanos
- une bananeraie = una platanera ou aussi finca de plátanos
Plus de 3 000 hectares de l’île sont recouverts de bananiers, façonnant un paysage verdoyant unique qui contraste avec la roche volcanique. Toutefois nombreuses de ces plataneras sont recouvertes de « serres », sorte de tentes blanches en tissus.



Les Canaries, premier producteur européen de bananes
L’Espagne est le premier producteur communautaire de bananes dans l’UE, avec environ 388 000 tonnes, devant la France (Martinique + Guadeloupe) et le Portugal (Madère).
Mais La Palma seule n’est pas le premier producteur européen — c’est l’Espagne via les Canaries qui l’est. Et au sein des Canaries, La Palma est la deuxième île productrice, après Tenerife. Elle a produit 148 000 tonnes en 2020, soit 34,5 % du total de l’archipel, et la banane représente 50 % de son PIB.
Plus de 8 000 producteurs cultivent des bananes dans les îles Canaries, et plus de 400 millions de kilos sont produits chaque année, selon l’ASPROCAN (Asociación de Organizaciones de Productores de Plátanos de Canarias).
Les subventions européennes
La Commission Européenne apporte des subventions importantes à la culture de la banane aux Canaries, et la quasi-totalité des entreprises productrices n’est viable que grâce à elles. Sans ces aides, la filière serait économiquement impossible en raison des coûts de production.
Le programme POSEI (Programme d’Options Spécifiques à l’Éloignement et à l’Insularité) de l’UE injecte 141 millions d’euros par an dans la filière bananière canarienne. Les producteurs ont obtenu en 2023 un prix moyen d’achat de 0,83 €/kg sur les marchés de gros, tandis que le consommateur final paye autour de 2,11 €/kg. (Source : Rapport le la Commission)
Il y a la polémique dite de la pica : c’est le secret le moins bien gardé de l’archipel. En 2023, pendant que les prix flambaient en rayon à plus de 2 € le kilo, 26 500 tonnes de bananes parfaitement comestibles ont été volontairement détruites. Pourquoi ? Pour maintenir artificiellement les cours du marché, le tout financé par les subventions européennes (programme POSEI). Un paradoxe économique et écologique qui fait grincer des dents localement.
La polémique de l’eau
La banane a besoin de beaucoup d’eau, et La Palma n’a ni rivières ni lacs. Lors de l’éruption de 2021, le manque d’eau représentait la menace la plus importante pour la filière, aggravé par la destruction d’une canalisation principale d’irrigation.
L’eau vient essentiellement de galeries souterraines creusées au cœur des montagnes volcaniques. Elle est acheminée vers les plantations côtières via un réseau impressionnant d’aqueducs ouverts et de canaux.
En roulant lentement en scooter, on voit partout des tuyaux qui courent le long des routes.
De plus, toutes les bananeraies sont à flanc de colline proche de la mer (forcément, vu la topographie). Elles sont donc régulièrement « lavées » des bruines d’eau de mer. Ce lavage sert à rincer le sel apporté par les vents marins, car le sodium brûle littéralement les feuilles et bloque la photosynthèse.
La canne à sucre avant la banane
L’histoire agricole et économique des Canaries depuis 1492 commence avec la culture de la canne à sucre, suivie de cycles successifs d’innovations, de prospérité et de crises.
La canne à sucre est arrivée aux Canaries au XVe siècle avec les colonisateurs espagnols. Au XIXe siècle, la filière a décliné face à la concurrence de Cuba et du Brésil, qui produisaient à des coûts bien inférieurs.
La canne à sucre a été cultivée surtout dans les îles occidentales des Canaries — La Gomera, La Palma et Tenerife. Au XIXe siècle, une tentative de relance a eu lieu, mais la canne n’était plus utilisée pour le sucre : on en tirait principalement du rhum et de l’eau-de-vie.
La banane a ensuite pris le relais comme culture d’exportation principale, notamment grâce à l’adoption du statut de port franc en 1852 et à l’exploitation par des compagnies anglaises qui ont mis en place la logistique d’exportation vers la Grande-Bretagne, avec une première ligne régulière par bateau à vapeur dès 1888.
Les périodes de la banane
La banane n’a pas de saison.
Contrairement à la plupart des cultures, le bananier produit en continu tout au long de l’année. Il n’y a pas de période de semis/récolte annuelle classique. Le cycle fonctionne ainsi :
Cycle d’un plant (12 à 14 mois aux Canaries)
- On plante un rejet (hijuelo) issu du pied mère
- Croissance végétative : environ 8 à 10 mois
- Floraison puis formation du régime : 3 à 4 mois
- Récolte du régime — puis le pied est coupé
- Un rejet du même pied prend le relais, et ainsi de suite
Sur une même platanera, on peut voir simultanément des plants à tous les stades — certains viennent d’être replantés, d’autres fleurissent, d’autres ont des régimes mûrs prêts à couper. La récolte est donc hebdomadaire et permanente sur l’exploitation, pas saisonnière.
Nuance climatique canarienne La production ralentit légèrement en hiver (croissance plus lente par températures plus fraîches), ce qui crée des variations de volume sur l’année, mais pas d’interruption. Selon les producteurs eux-mêmes : les mois d’été produisent plus vite, mais c’est une période moins favorable à la vente.
Le « Plátano de Canarias » vs la banane classique (Antilles/Afrique)
Les bananes canariennes ont le label IGP (Indication Géographique Protégée).

- Le goût : Elle est plus petite, plus sucrée et plus aromatique. Cela s’explique par sa période de maturation sur l’arbre, qui est deux fois plus longue que celle des bananes d’Afrique ou d’Amérique du Sud.
- L’aspect : Elle se reconnaît à ses célèbres petites taches noires sur la peau. En Europe, ces taches sont souvent perçues à tort comme un défaut, alors qu’elles prouvent sa haute teneur en sucre et sa maturité parfaite.
La résilience face au volcan (L’éruption de 2021)
- Destruction : L’éruption du volcan Tajogaite en 2021 a enseveli des centaines d’hectares de bananeraies sous la lave, notamment dans la vallée d’Aridane.
- Le défi des cendres : Les exploitations non détruites ont été recouvertes de tonnes de cendres volcaniques. Les agriculteurs ont dû nettoyer chaque régime à la main pour éviter que les fruits ne soient asphyxiés ou griffés.
- Le renouveau : Aujourd’hui, la cendre est intégrée au sol car elle est riche en minéraux (potassium, phosphore), ce qui promet de fertiliser les futures cultures.
Comment pousse une banane ?

Pour un Bruxellois habitué à voir ses bananes emballées sous cellophane au supermarché du coin, arriver à La Palma est un choc visuel. Ici, on ne voit que ça : une mer de feuilles géantes d’un vert éclatant qui se jette dans l’océan Atlantique.
Eh bien, ça pousse « à l’envers », elles ne pendent pas vers le bas.
La fleur (le truc mauve sur cette photo) est en dessous, et chaque banane pousse en se courbant vers le haut.
Cette fleur, en français on appelle ça « la popote », en canarien on appelle ça la parota ou la bellota.
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