Avant les plages volcaniques, les bananeraies et les villages blancs de La Palma, l’île portait un autre nom : Benahoare, que les anciens habitants traduisaient comme « ma terre ». Bien avant l’arrivée des Espagnols, La Palma était peuplée par les Benahoaritas, un peuple d’origine berbère venu d’Afrique du Nord plusieurs siècles avant notre ère.
Ces habitants vivaient principalement de l’élevage de chèvres, habitaient dans des grottes naturelles et connaissaient parfaitement cette île abrupte faite de ravins, de forêts et de volcans. Ils ne possédaient ni écriture ni métal, mais avaient développé une culture profondément liée à la nature et au ciel.
Les mystérieux Benahoaritas
L’île était divisée en plusieurs territoires indépendants, appelés « cantons », chacun dirigé par un chef. Les Benahoaritas utilisaient les montagnes comme forteresses naturelles et connaissaient chaque sentier de l’île.
Aujourd’hui encore, on retrouve leur présence à travers :
- des pétroglyphes gravés dans la roche,
- des grottes funéraires,
- des anciens lieux cérémoniels,
- et de nombreuses légendes transmises jusqu’à notre époque.
L’un des territoires les plus redoutables était Aceró, l’actuelle Caldera de Taburiente. Son nom signifiait probablement « lieu fort » ou « forteresse ». Ce gigantesque cratère naturel était pratiquement imprenable.

Tanausú, le roi de la Caldera
C’est dans cette forteresse naturelle que régnait Tanausú, considéré aujourd’hui comme le dernier grand chef indigène de La Palma.
Selon les chroniques, Tanausú était un guerrier intelligent, courageux et profondément attaché à sa terre. Lorsque les conquistadors espagnols menés par Alonso Fernández de Lugo débarquèrent sur l’île en 1492-1493, la plupart des territoires finirent par tomber. Mais Aceró résista.
Les soldats espagnols comprirent rapidement qu’ils ne pourraient jamais vaincre Tanausú par la force. Les reliefs escarpés rendaient les chevaux inutiles et les guerriers benahoaritas connaissaient parfaitement le terrain.

La trahison
Après plusieurs échecs, les Espagnols décidèrent d’utiliser la ruse.
Ils proposèrent une rencontre pacifique à Tanausú, promettant une trêve et des négociations. Convaincu qu’il s’agissait d’un accord honorable, le roi quitta sa forteresse naturelle.
Mais c’était un piège.
Tanausú fut capturé lors d’une embuscade près de La Cumbrecita en 1493.
La légende raconte qu’enchaîné sur un navire en direction de l’Espagne, il refusa de manger pour ne jamais devenir le trophée des conquérants. Selon une tradition probablement tardive et orale, ses derniers mots auraient été :
« Vacaguaré »
Une expression souvent traduite par :
« Je veux mourir. »
Tanausú mourut pendant la traversée sans jamais revoir son île.

Une mémoire encore vivante à La Palma
Aujourd’hui, Tanausú est devenu un symbole de résistance et d’identité pour de nombreux habitants de La Palma.
Son souvenir reste vivant dans :
- les statues,
- les peintures murales,
- les récits populaires,
- et les lieux portant son nom.
La Caldera de Taburiente conserve encore cette atmosphère sauvage et mystérieuse qui explique pourquoi les Benahoaritas réussirent à résister si longtemps.

Tanausú veille sur nous
Depuis certains endroits aux environs de El Paso, on peut deviner dans le profil de la montagne Cumbre sa silhouette.
De droite à gauche : son front, yeux, nez, bouche, menton ; ensuite la dépression qui serait son cou, lieu de balade aujourd’hui connu comme « La Cumbrecita » ; enfin plus loin la bosse qui serait ses mains croisées d’un homme endormi.
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