Cascada de Los Colores en 2026

La Cascada de los Colores figure sur la plupart des guides de randonnée de La Palma, photos à l’appui : un mur minéral aux teintes ocre, jaune et vert, résultat de décennies d’oxydation du fer sur un barrage construit dans les années 1960 pour capter l’eau de la Caldera de Taburiente. Sur le terrain, ce n’est plus ça. Le mur ne dépasse plus 2 mètres de haut, et le jaune y domine largement — les autres couleurs ont quasiment disparu. La cascade en elle-même n’a plus grand intérêt.

Il semblerait, d’après ce qu’on m’a dit, que suite aux fortes intempéries de l’hiver 2025-2026, d’énormes quantités de roches se soient entassées. Là où on la présente haute de 5 mètres, elle ne fait plus qu’un petit 2 mètres.

Je l’avais visitée il y a deux ans. Encore haute, et pleine de couleurs dues aux réactions chimiques de la roche. Des mini ruisseaux de couleurs différentes en sortaient. Maintenant (2026), plus rien. Par contre l’eau semble chimiquement pure car il y a une prolifération d’algues filandreuses et des têtards, comme dans les rivières de Belgique.

Ce qui reste, en revanche, c’est la marche pour y arriver.

Remarque : après une longue marche, on arrive à un premier mur totalement artificiel. On pourrait vite croire que c’est ça et faire demi-tour. Mais non : on arrive 40 minutes plus loin à la seconde cascade, la vraie, naturelle celle-là.

Accès

La route qui mène au site mérite qu’on s’y attarde. Elle passe devant le Lidl de Los Llanos de Aridane avant de descendre tout au fond du barranco à flanc de colline — une descente à elle seule intéressante pour les yeux et pour qui aime photographier, bien avant d’arriver au parking.

Deux parkings desservent ensuite le site, mais un seul a un sens pour qui vient en voiture : celui du Barranco de las Angustias, gratuit et ouvert à tous les véhicules. L’autre, au Mirador de los Brecitos, est interdit aux voitures particulières — la raison invoquée est de garder ce petit parking dégagé pour les bomberos. En pratique, la seule option depuis Brecitos est un taxi, facturé autour de 40 €. Le choix du Barranco de las Angustias s’impose donc.

Sur le parking même, un guichet propose ce trajet en taxi vers Brecitos. La personne en poste appuie sa proposition sur un panneau photo avant/après de la Cascada de Colores, qui donne à voir ce qu’elle est devenue : preuve, s’il en fallait une, que la déception n’a rien d’un ressenti isolé — elle est affichée noir sur blanc à l’entrée même du site.

La randonnée

Depuis le parking, le sentier remonte le fond du barranco. Pas de gros dénivelé montagneux — l’itinéraire est classé facile à moyen — mais il compte tout de même 2h30 de marche (5h aller-retour), et plusieurs passages exigeants : il faut enjamber le lit de la rivière des dizaines de fois, parfois sur une largeur qui ne permet pas de passer à sec.

Le tracé suit le sentier PR-LP 13, balisé de traits jaunes et blancs. Un point de vigilance : par endroits, ce balisage se présente en croix (X), ce qui signale un passage impraticable plus loin — il faut alors quitter le fond du barranco et contourner par un détour en hauteur, avant de redescendre. Ne pas suivre ce signal expose à se retrouver bloqué face à un obstacle infranchissable.

En réalité, le sentier PR-LP 13 n’arrive pas jusqu’à la cascade. Arrivé au lieu-dit « Dos Aguas », il faut le quitter et obliquer vers la droite. L’endroit s’appelle Dos Aguas (deux eaux) car deux cours d’eau y fusionnent. Là aussi se trouve une « usine » de captage d’eau pour la production hydroélectrique. En venant du bas, il faut suivre l’affluent de droite. On y trouve encore quelques constructions rudimentaires, et un long mur idéal pour s’asseoir et profiter du pique-nique trimbalé en sac à dos depuis 2 heures.

En ayant suivi l’affluent de droite, on quitte le sentier PR-LP 13 balisé de traits blanc/jaune — plus aucune indication, mais il ne reste que 20 minutes de marche « logique » (on suit l’eau). On arrive alors à un autre confluent. Là aussi, suivre le filet d’eau à droite pour arriver à la vraie cascade — côté gauche il y en a une aussi, mais minuscule. Je m’y suis évidemment trompé, mais il ne faut que 10 minutes pour rebrousser chemin et revenir du bon côté.

Dans cet article, j’avais relaté la guerre des Conquistadors espagnols en 1492-1493, et la résistance farouche du dernier roi de l’île, Tanausú, qui fut capturé par traîtrise en 1493, les soldats ayant compris qu’une conquête militaire serait impossible. En faisant cette balade en short/t-shirt, je n’ai pu m’empêcher de voir l’image des chevaux désemparés et des soldats en armure.

Le contraste

Après 2h30 de marche, arriver devant un mur de 2 mètres, jauni, loin des couleurs vives des photos de guides — la réaction est immédiate : « tout ça pour ça ». Le décalage entre l’image vendue et la réalité du site est net. Si la cascade seule ne justifie pas le déplacement, la marche dans le barranco, elle, reste le vrai motif d’y aller.

Réglementation

Aucune autorisation n’est nécessaire pour la randonnée de jour. Le sentier peut fermer en cas de fortes pluies ou de crue du barranco.

Recommandations

  • Il n’y a pratiquement pas d’ombre. On est au fond du barranco. À part quelques passages sur les côtés, on est en plein soleil.
    Crème solaire obligatoire, et résistante à l’eau vu qu’on transpire beaucoup. Plus chapeau/casquette. Bandana pour les coulées de sueur dans les yeux.
  • À boire en quantité, surtout de l’eau, quitte à devoir la porter pendant 5 heures aller/retour.
  • Chaussures de marche dignes de ce nom, idéalement des bottines qui recouvrent les malléoles : les chevilles souffrent de maintenir l’équilibre sur la caillasse.
    Idéalement étanches (il existe une huile en spray pour ça) pour traverser 100x le cours d’eau. Souvent il est possible de faire des sauts de cailloux en cailloux, mais pas toujours. Cela dit, le fond est fait de galets ; il est possible d’enlever ses chaussures et de traverser pieds nus un pas ou deux.
  • Pas de réseau là en bas. Pour ceux qui utilisent des applis de trekking sur mobile, charger les cartes hors-ligne.
  • Dans mon cas, prévoir une bière restée dans la glacière à la voiture, qui servira de « quête du Saint-Graal » pour le chemin du retour (c’est idiot mais ça aide).

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