Voici le volcan dont on ne sait presque rien. El Charco est l’une des éruptions les plus récentes de la série — 1712 — et pourtant la moins documentée de toutes. C’est aussi la dernière avant un très long silence : après elle, l’île n’a plus tremblé pendant deux cent trente-sept ans.
L’éruption qu’on a oubliée
L’Institut géographique national est formel : de toutes les éruptions historiques des Canaries depuis le XVIe siècle, El Charco est la plus mal documentée et la plus méconnue. Presque aucun document écrit ne nous est parvenu, et rares sont les historiens qui la mentionnent. Même son nom tient du hasard : la lave a d’abord jailli sur la Hacienda del Charco, le domaine de Doña Ana Teresa Massieu — la tante de l’un des rares chroniqueurs, Juan Agustín de Sotomayor. On l’appelle aussi Montaña Lajiones.
Ce que disent les rares lignes
Le dimanche 9 octobre 1712, deux bouches s’ouvrent sur le flanc ouest de la Cumbre Vieja, à peu près à la hauteur du volcan Martín, crachant force feu, pierres et cendres. Les fragments qui subsistent décrivent trois phases — d’abord explosive, puis mixte, enfin une multitude de bouches effusives — et une lave d’une fluidité saisissante : la nuit, elle ressemblait à du cuivre fondu ; le jour, à une nappe noire dévalant à toute allure, quelques pierres surnageant et avançant « avec flegme » sur la fin. Cinquante-six jours durant, elle ravage le sud du versant ouest, du côté de Las Manchas et de Jedey. Cette fois, on ne déplore aucun mort.
Puis, le silence
Et puis, plus rien. En cent vingt-sept ans, l’île avait connu quatre éruptions — 1585, 1646, 1677, 1712 — espacées de trois à six décennies. Après El Charco, le calme s’installe et dure deux cent trente-sept ans. Assez longtemps pour qu’un Palmero naisse, vieillisse et meure sans jamais voir la montagne s’éveiller, et ses petits-enfants après lui. La terre, qu’on croyait peut-être assagie, ne faisait que retenir son souffle. Elle ne le rendra qu’au matin de la Saint-Jean, le 24 juin 1949.
Sources
- Instituto Geográfico Nacional (IGN), sur l’éruption de 1712
- Chronique de Juan Agustín de Sotomayor (XVIIIe siècle)
- C. Romero Ruiz, Las manifestaciones volcánicas históricas del Archipiélago Canario (thèse, 1991)
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