Après deux volcans de l’ouest, le feu de l’île change de versant. En 1646, c’est au-dessus de Mazo, sur le flanc est, que la terre s’ouvre. Et l’histoire de ce volcan-là ne tient ni à une date introuvable ni à des roches rares : elle tient à ce qu’il a fait naître — une dévotion qui, aujourd’hui encore, rassemble l’île entière tous les cinq ans.
Sur l’autre versant
Le 2 octobre 1646, après des semaines de tremblements de terre entendus jusqu’à Tenerife, une bouche s’ouvre au-dessus de Tigalate, dans la Villa de Mazo, près de la montagne d’El Cabrito. Le cratère se tient vers 1 800 mètres, sur le flanc oriental de la Cumbre Vieja — le premier des volcans historiques de l’île à naître à l’est. Pendant quatre-vingt-deux jours, la lave dévale une pente raide et finit par atteindre l’océan, entre Mazo et Fuencaliente. Les secousses sont si fortes que le gouverneur de Tenerife envoie des navires pour évacuer les Palmeros.
Le volcan qui a fait une patronne
Terrifiés, les habitants descendent en procession la Virgen de las Nieves — la Vierge des Neiges — depuis son sanctuaire de montagne jusqu’à Santa Cruz de La Palma, pour implorer la fin du désastre. Le 18 décembre, jour de l’Expectation de la Vierge, le volcan s’éteint ; et selon les chroniques, le cratère apparaît au matin couvert de neige. L’île y voit un miracle. Le chroniqueur Núñez de la Peña le consigne ainsi : au lendemain de la procession, la bouche du volcan apparut enneigée, et l’éruption cessa.
Avant 1646, les Palmeros priaient surtout d’autres saints. C’est cette éruption qui a fait de la Virgen de las Nieves — une statue du XIVe siècle, antérieure à la conquête et la plus ancienne image mariale de l’archipel — la patronne de l’île, celle vers qui, à chaque catastrophe, on se tournera désormais. De ce basculement est née une tradition toujours vivante : la Bajada de la Virgen, la grande fête lustrale qui, tous les cinq ans, fait descendre la Vierge de son sanctuaire et rassemble La Palma entière. Quant à la neige, elle n’a rien d’impossible un 18 décembre sur un cratère à 1 800 mètres — et l’éruption touchait de toute façon à sa fin. Le fait et sa lecture cohabitent depuis presque quatre siècles.
Un des plus beaux cônes de la Cumbre Vieja
Contrairement à Tacande, Martín se voit, et bien. C’est l’un des cônes les plus colorés et les mieux dessinés de la Cumbre Vieja, franchement pointu vu de derrière. On passe à son pied en suivant la Ruta de los Volcanes — l’étape 3 du GR 131 que je décris dans Volcans, passés et futurs. C’est sans doute la façon la plus simple d’aller le voir de près.
Le premier réflexe
La neige de 1646 n’aura pas été la dernière prière de l’île à sa Vierge. En 1677, en 1712, en 1949, chaque fois que la terre s’est rouverte, les Palmeros ont ressorti la même image et lui ont tourné le visage vers le volcan. Martín est celui qui a noué ce réflexe — le premier à avoir transformé la peur en procession.
Sources
- Juan Núñez de la Peña, chronique (XVIIe siècle)
- Actes du Cabildo et de l’Ayuntamiento de La Palma (1646-1647)
- C. Romero Ruiz, Las manifestaciones volcánicas históricas del Archipiélago Canario (thèse, 1991)
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